Alimentation et vieillissement

Avec l’avancée en âge, il est possible de constater une diminution de l’appétit. Nous allons voir que cette perte d’appétit peut résulter d’une multitude de facteurs personnels, environnementaux, et psychologiques. Les risques liés à la dénutrition sont réels, notamment dans le cadre de maladies et de déficiences métaboliques (cancers, intolérances alimentaires, diabète, maladies thyroïdiennes, etc.) Dans cet article, nous nous pencherons davantage sur la perte d’appétit dans le cadre du vieillissement dit « normal » du point de vue d’une psychologue !

Dénutrition et conséquences possibles chez les personnes de plus de 65 ans

De manière générale, la perte d’appétit peut entrainer un amaigrissement ainsi qu’une perte de la masse musculaire. Cette dégradation peut amplifier les risques de chutes et ainsi exposer davantage à ses conséquences. En effet, la chute peut conduire à des lésions, des fractures et par conséquent entraver les capacités d’autonomie. Si l’on continue dans cette réflexion en ricochet, il n’est pas rare de voir apparaitre, dans cette configuration, le questionnement du maintien à domicile. Si les répercussions de la perte d’appétit sur la vie quotidienne sont nombreuses, il est cependant possible, dans certaines situations, de réaliser des adaptations afin d’éveiller l’appétit.

Les causes possibles d’une perte d’appétit chez les personnes âgées

Avant d’entrer plus en détails dans ces propositions de stimulation de l’appétit, balayons rapidement les causes de ce trouble alimentaire chez les personnes de plus de 65 ans. Dans un premier temps, tournons-nous du côté des sens, car les troubles perceptifs peuvent perturber significativement l’appétit. Il peut s’agir d’une altération du goût avec la réduction du nombre de papilles gustatives ou d’une altération de l’olfaction de par la diminution des neurotransmetteurs et des cellules sensitives concernées par les capacités olfactives. Or, ces deux sens ont un rôle notable dans la prise de plaisir liée à l’alimentation et dans le contrôle de l’ingestion des aliments qui peut, par réflexe, servir d’alerte.

Les traitements médicamenteux et notamment certains de leurs effets secondaires peuvent également influencer l’appétit (attention, ce n’est cependant pas un motif pour arrêter ou limiter le traitement sans avis médical). Sur le plan bucco-dentaire, les difficultés de mastication peuvent se répercuter sur les aliments ingérés et la qualité de l’équilibre alimentaire tout comme les difficultés de déglutition puisque les personnes qui en souffrent vont privilégier les aliments hachés, mixés, liquides ou gélifiés pour limiter les risques de fausses routes.

La diminution de l’activité physique peut agir négativement sur la prise alimentaire. De plus, en vieillissant, certaines activités de la vie quotidienne liées à l’alimentation peuvent être altérées comme la capacité de faire ses courses ou de préparer ses repas. Cette perte d’autonomie peut souvent s’accompagner d’une réduction de l’environnement familial et social (perte du conjoint, isolement). Cependant, comme l’appétit de certaines personnes peut être stimulé par l’aspect convivial du repas, ce sentiment de solitude peut avoir un impact très négatif sur l’équilibre alimentaire.

Pistes pour stimuler l’appétit

Privilégier votre plaisir

Parmi les propositions de stimulation de l’appétit, nous pouvons citer, en premier lieu, la nécessité de réintroduire la notion de plaisir dans l’alimentation. Les « aliments plaisirs » répondent à l’image de la gourmandise et nous les imaginons généralement comme ne prenant une place que très modérée au sein d’une alimentation dite saine et équilibrée. Si l’éducation nutritionnelle est de plus en plus présente dans notre société, le fameux « mangez moins, bougez plus » ne peut pas s’accorder avec toutes les générations. Bien entendu, certaines situations médicales nécessitent des apports et une attention spécifiques et il est nécessaire d’avoir des apports nutritionnels suffisants pour lutter contre l’ostéoporose, de protéines pour réduire la perte de la masse musculaire, etc. Cependant, lorsque l’appétit n’est pas au rendez-vous il est généralement plus bénéfique (sauf avis médical spécifique) de privilégier des aliments qui éveillent notre appétit même s’ils ont moins bonne réputation. Il est d’ailleurs à souligner que le corps d’une personne âgée a besoin d’un apport énergétique quasiment équivalent à celui d’une personne adulte (Ferry et al. 2002) et plus important encore d’un point de vue de l’hydratation ! (Martin et al. 2001). De plus, le corps est d’autant plus énergivore lorsqu’il est malade (Ferry et al. 2002). L’apport en eau va également jouer un rôle dans la fonction de déglutition de son importance dans la production de salive.

Pour revenir à ce point de « repas plaisir », n’hésitez pas à agrémenter vos plats d’épices, d’herbes et aromates afin de relever gustativement vos plats et de stimuler vos papilles et votre nez (Rochefort et al., 2002). Oui, le goût, ça se stimule, ça s’entraine, ça s’éveille ! Le goût et l’odorat sont des mécanismes dits adaptatifs et, si un contact prolongé peut conduire à une habituation, ce n’est pas irréversible. Il est donc important de diversifier les repas afin de stimuler le bulbe olfactif et ainsi augmenter la sensibilité aux odeurs et, de ce fait, accroitre l’appétit.  De manière générale, il est intéressant de varier les stimuli olfactifs. Par ailleurs, les personnes qui sont davantage en contact avec l’extérieur sont plus réceptives aux odeurs.

Importance de l’hygiène de vie

Et ça nous fait un argument supplémentaire pour vous inviter, dans la mesure du possible à opter pour une activité physique adaptée, de préférence avant l’heure du repas (une petite balade, des étirements, votre séance de kinésithérapie si vous en bénéficiez, etc.). Pour favoriser l’appétit, il est également important d’adopter une bonne hygiène buccale afin de libérer les papilles, mais également de manière générale afin d’avoir un environnement olfactif plus neutre pour humer vos mets.

Adaptez votre organisation à vos besoins et capacités

Si les quantités vous effraient, n’hésitez pas à faire plusieurs petits repas par jour et pourquoi pas à réintroduire des collations sucrées ou salées ! Si l’énergie vous manque pour préparer vos repas, pensez à acheter quelques plats préparés pour la semaine ou même à vous faire livrer ! N’hésitez pas à vous renseigner auprès du CLIC de votre région concernant les aides financières auxquelles vous pouvez avoir droit (crédit d’impôt, allocations personnalisées d’autonomie), mais également pour pouvoir vous tourner vers des dispositifs locaux. Enfin, si la cuisine plus ou moins industrielle n’est pas votre tasse de thé, pensez aux services d’aides à domicile qui pourront vous aider à préparer vos petits plats. Petit plus pour ceux qui n’apprécient pas mettre les pieds sous la table en solo, certains établissements proposent un espace de restauration collectif pour ceux qui le souhaitent donc n’hésitez pas à vous renseigner sur les offres près de chez vous !

Pour préparer ses repas, il est possible de trouver des ustensiles ergonomiques et adaptés aux différentes problématiques (balance parlante, surfaces antidérapantes, planche pour découper les aliments, appareil électrique ou non pour peler les fruits et les légumes, etc.)

Jouez sur les couleurs et les formes

Nous évoquions plus haut l’importance des « aliments plaisirs », mais il est important de considérer le repas sous un angle plus large. L’appétence n’est pas qu’une histoire d’aliments ! La forme et la taille de votre assiette ont leurs importances ! Préférez une grande assiette ronde pour stimuler votre appétit ! Privilégiez des couleurs telles que l’orange ou le jaune et évitez le bleu, le rouge, le gris, le violet et le marron qui ont tendance à limiter l’appétit. Cependant, ces propositions peuvent être adaptées à la saison. Par exemple, une assiette vert clair sera à privilégier pendant les grosses chaleurs, car évoque davantage la nature, l’hydratation, etc. Les couleurs peuvent également se combiner différemment selon les aliments. Par exemple, un dessert peut tout à fait se marier avec une assiette rose, car cette couleur souligne l’aspect sucré alors qu’une part de saumon sera plus appétissante et plus contrastée s’il est servi dans une assiette blanche.  Alors, n’hésitez pas à jouer avec les couleurs, les formes et les contrastes ! Ces conseils sont généraux et restent, bien entendu, modulables en fonction de la personnalité de chacun et des histoires de vie respectives.

Enfin, l’environnement dans lequel vous prenez vos repas à son importance. Privilégiez un espace qui vous est agréable, confortable et sécurisant. Si ce n’est pas la cuisine, ce n’est pas grave ! De plus, certaines personnes ont tendance à davantage s’alimenter lorsqu’elles se trouvent dans un environnement stimulant (entourée d’autres personnes ou avec la télévision, la radio, etc.) Attention, il y a cependant une limite à cet effet distracteur et il peut avoir un effet tout à fait contraire lorsque les ressources attentionnelles sont épuisées par les stimuli extérieurs. Il est à noter que ces conseils ne sont pas recommandés pour les personnes qui ont des difficultés de déglutition, auquel cas, il sera plus indiqué de prendre son repas dans un environnement calme et dans une position adéquate (concernant cette problématique, vous pouvez vous tourner via votre médecin traitant vers les orthophonistes et les kinésithérapeutes). Un nouvel article paraîtra prochainement concernant l’alimentation et les maladies neurodégénératives.

Bibliographie

Ferry, M., Alix, E., Borcker, P., et al. Nutrition de la personne âgée. 2e édition – Paris : Masson, 2002

Martin, A. / coord. Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments. Apports nutritionnels conseillés pour la population française, 3e édition – Paris. Ed. Tec & Doc, 2001

Rochefort, C., Gheusi, G., Vincent, J. D. & Lledo, P. M. (2002). Enriched odor exposure increases the number of newborn neurons in the adult olfactory bulb and improves odor memory. Journal of Neuroscience, 22, 2679-2689.

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